
Présentée lors de l’exposition Regards croisés pour la paix au Musée National du Burkina Faso, l’œuvre Le Féticheur de la Paix d’Abdoulaye Kaboré s’impose comme une pièce maîtresse de réflexion. Sculpture en bronze, elle figure un visage humain aux traits tendus, surmonté d’une corne spiralée semblant jaillir vers le ciel, symbole d’un appel, d’une quête, peut-être d’un cri silencieux.
L’oeuvre frappe d’abord par sa matérialité : le bronze, matière noble et résistante, se mêle à la rugosité d’un socle sombre, évoquant l’ancrage terrestre des traditions. Le visage, à la fois humain et mythique, incarne ce « féticheur » qui, dans les cultures africaines, est dépositaire du lien entre l’homme et l’invisible. Ici, Abdoulaye revisite cette figure emblématique de nos sociétés africaines en la plaçant dans le contexte brûlant de la paix : que reste-t-il des médiateurs spirituels face aux conflits modernes ? La corne dressée, telle une antenne, semble capter l’espoir mais aussi l’angoisse d’un monde en turbulence.
En cela, elle remet non question la rôle de ces devins dans notre société actuelle en proie aux crises mais aussi elle nous plonge dans une certaine réflexion sur la place que nous accordons plus largement à nos traditions ! Parce que si le prêtre est de l’église, c’est que le féticheur est des coutumes.
Cette œuvre ne se limite pas à l’esthétique, elle provoque. Elle nous met face à nos contradictions : invoquer la paix tout en nourrissant la guerre, rêver d’harmonie tout en érigeant des murs.
Ainsi, elle dialogue parfaitement avec le thème de l’exposition : Regards croisés pour la paix. Avec Issouf_Diero, dont les œuvres complétaient le propos, Abdoulaye Kaboré nous invite à une méditation collective : la paix n’est pas une incantation, c’est une construction. Et comme disait Félix_Houphouët_Boigny, « la paix, ce n’est pas un vain mot mais un comportement ».
Par Le Féticheur de la Paix, l’artiste réussit un pari rare : transformer un objet d’art en objet de conscience.
Que vive l’art et la paix !
Félicitations à l’artiste !
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